Les Climats et les Appellations
- François Daudon

- 11 juin
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 12 juin
Comprendre les appellations et les climats de Bourgogne
Le système des appellations : l’art de nommer l’excellence. En Bourgogne, chaque goutte de vin est un manifeste, un poème dédié à un morceau de terre précis. Et pour en parler, il a fallu inventer un langage aussi raffiné que les vins eux-mêmes : celui des appellations.
Ici, on ne parle pas simplement de "Bourgogne". On parle de Bourgogne, de Gevrey-Chambertin, de Clos de Bèze, de Musigny...Chaque nom raconte une histoire différente, chaque mot pèse son poids d’or liquide.
La hiérarchie des appellations bourguignonnes se déploie en quatre niveaux :

Appellation régionale :
"Bourgogne Pinot Noir", "Bourgogne Chardonnay" —C’est la Bourgogne en habits simples mais bien taillés.
Appellation village : L'âme du bourg
"Chambolle-Musigny", "Pommard", "Meursault" —Le village prête son nom, et la personnalité du terroir commence à s’affirmer.
L’appellation "Village", c’est l’expression d’un terroir identifié par le nom de la commune. Gevrey-Chambertin, Vosne-Romanée, Nuits-Saint-Georges… Ces noms claquent comme des sabots sur les pavés. Ils regroupent des parcelles variées, de bonne naissance, qui livrent des vins fidèles à l’esprit du lieu — ni prétentieux, ni trop rustiques. Le cœur du village, en somme.
Premier Cru ("1er Cru") : Les favoris du coteau
Au-dessus, il y a les "Premiers Crus" — des parcelles bien précises, reconnues pour leur qualité supérieure. Ils sont comme les bancs d’honneur du vignoble : en pente douce, bien exposés, souvent abrités du vent. Leur nom figure à côté du village sur l’étiquette, comme une signature à deux mains : "Morey-St-Denis Clos des Ormes". Une promesse d’élégance, parfois un soupçon d’impertinence.
Une parcelle spécifique au sein d'un village, reconnue pour sa qualité supérieure. C’est le petit salon privé de la noblesse du vin.
Grand Cru : Les dieux du terroir
Enfin, l’élite : les "Grands Crus". Ces rares parcelles — 33 en tout sur toute la Bourgogne ! — sont l’aboutissement de siècles d’observation, de dégustation, de murmures entre vignerons. Ce sont des terres qui donnent des vins capables de traverser les âges, de parler toutes les langues, de séduire même les plus blasés. Ici, pas besoin de village sur l’étiquette : un simple "Romanée" ou "Chambertin" suffit à faire frissonner un sommelier.
Les climats de Bourgogne : la poésie du millimètre carré. En Bourgogne, on ne parle pas de "terroir" comme ailleurs. On parle de climats.
Un climat, c’est une parcelle de vigne unique au monde, délimitée depuis des siècles (parfois depuis l’époque des moines) et dont les conditions — sol, pente, exposition, vent, brume — donnent naissance à un goût différent.

Deux rangs de vigne, séparés d’un muret, peuvent produire deux vins totalement distincts. Oui, en Bourgogne, on fait du sur-mesure avec la terre.
Les climats, ce sont les notes de musique sur lesquelles les vignerons écrivent leurs symphonies millésime après millésime.
Une histoire vieille de mille ans (et classée à l’UNESCO)L’histoire des climats commence au Moyen Âge, sous le regard patient des moines cisterciens et bénédictins. Armés de leur foi, de leur pelle, et de leur insatiable curiosité, ils étudient les sols, notent les différences subtiles d’un coteau à l’autre, et posent les premières pierres de la cartographie la plus fine du vin au monde.
Avec le temps, les ducs de Bourgogne, les rois de France, les familles bourgeoises… Tous viendront enrichir ce travail minutieux, guidés par une seule obsession : saisir l’essence du lieu dans un verre.
Et en 2015, l’UNESCO a inscrit les climats de Bourgogne au patrimoine mondial, reconnaissant que ce petit bout de France n’est pas seulement un vignoble :c’est une œuvre d’art à ciel ouvert.En effet, en Bourgogne, chaque mètre carré de vigne est une œuvre d’art. Ici, on parle d’appellations précises, hiérarchisées en régionale, village, Premier Cru et Grand Cru. Mais l’âme véritable du vignoble, ce sont les climats.
Un climat, c’est une identité. Un Grand Cru, c’est une légende. Et en Bourgogne, le moindre cep raconte l’histoire d’un lieu... et d’un millénaire de passion.
Hiérarchie céleste des appellations : entre sol, sueur et sacré. En Bourgogne, on ne plaisante pas avec la terre. Chaque mètre carré y est une relique, chaque cep une lignée. Pourtant, il a bien fallu mettre un peu d’ordre dans cette vénération. C’est ainsi qu’est née la hiérarchie des appellations : Village, Premier Cru, Grand Cru. Non pas dictée par une autorité divine, mais presque : les moines, les ducs, les négociants, puis l’INAO (Institut National des Appellations d’Origine), ont successivement sculpté cette carte du goût comme on cisèle un vitrail.
Une histoire… gravée dans le calcaire. Cette classification n’est pas tombée du ciel un beau matin. Elle est le fruit d’une lente alchimie, commencée au Moyen Âge avec les moines cisterciens et bénédictins, affinée au fil des siècles par l’usage, les classements napoléoniens, les experts de l’INAO et… les amateurs éclairés.
Ce sont les sols (argilo-calcaires, marnes, cailloux), les expositions, le drainage, la main de l’homme, et la régularité qualitative qui ont tracé les lignes de cette carte précieuse.
Le jour où le Gamay fut banni à coups de parchemin. En 1395, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne et homme de goût (parfois un peu trop tranchant), prend sa plume et signe un édit mémorable : il interdit purement et simplement la culture du Gamay dans ses terres ducale. Motif ? Ce cépage, jugé trop rustique, trop vigoureux, donnait un vin « fort mal loyal », un peu trop joyeux pour la noblesse du pinot.
Selon ses mots, le Gamay était un vin "de mauvaise et déloyale nature", indigne du raffinement bourguignon. Place donc au pinot noir, noble, capricieux et élégant, censé incarner le raffinement du duché.
Résultat : le Gamay file vers le sud et fait souche en Beaujolais, où il coule aujourd’hui des jours heureux. La Bourgogne, elle, s’en tient à son cépage de cœur — le pinot noir —, et à un certain sens de la distinction… réglementée.
Le Gamay revient… mais en catimini. Ironie du sort : après avoir été banni à coups de parchemin par Philippe le Hardi, le Gamay n’a jamais vraiment quitté la Bourgogne. Certes, il ne figure pas sur les grandes tables des Grands Crus, mais dans l’ombre, il s’est faufilé dans certaines appellations régionales.
On le retrouve aujourd’hui dans les appellations "Bourgogne Passe-Tous-Grains" — un vin de copains, souvent un assemblage joyeux de Pinot Noir et de Gamay, qui fait danser les verres sans vider le portefeuille.
Et dans quelques coins discrets de la Côte chalonnaise ou du Mâconnais, il continue de pousser, comme un cousin un peu bohème qu’on ne présente pas trop… mais qu’on est content de voir aux repas de famille.
Le Gamay ? Il a peut-être été chassé par le duc, mais il revient toujours par le chai.



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